Je me permet de poster une review du concert que j'ai trouvé très bien faite.
Coldplay "X&Y Live": Série Z...
Olympia - 09/06/05
Déjà sérieusement refroidi par l'écoute de l'album, je me rendais à l'Olympia en me remémorant ce concert de novembre 2002 au Zenith ou sceptique au premier abord j'avais été plutôt séduit et impressionné. Bref j’essayais de positiver.
Arrivée à l’Olympia, public de pré-ados, d’auditeurs de RTL2 et de couples en pleine crise de la quarantaine et qui vont au troisième concert de leur vie pour rajouter un peu de sel. Pas très engageant tout ça… Les guests de rigueur (Escudé, Mlle Agnès… le gotha quoi) et les vendeurs de places qui se font chier parce qu’ils ont rien à vendre.
Rentrée dans la salle, la bière est dégeulasse et métallique comme d’hab’, l’ouvreuse, une espèce de conne malpoli, privilège du balcon… Première surprise, pas de première partie, déjà que l’ambiance est un peu molle on ne sent pas venir le grand soir.
Au bout d’une attente bien trop longue, une nappe de synthé fait s’éteindre les lumières.
Square One
Le son est plutôt bon, la balance n’a pas l’air trop mauvaise mais le mec aux lumières a décidé de rendre aveugle les occupants du balcon. La chanson tourne plutôt bien, moins impressionnant qu’un Politik pour lancer un show mais rien de négatif. Ils font le coup de la chanson qui laisse résonner une nappe de synthé pour enchaîner sur la deuxième. Artifice un peu lourdaud, piqué à U2.
Politik
Gros morceau. Assez brutale au début, elle s’étiole un peu au fur et à mesure. Cette chanson est faite pour les grands espaces et l’Olympia l’empêche de décoller.
Yellow
Le classique. Jouée tout électrique avec version Karaoké intégrée. La chanson tourne bien, on voit bien que ça fait longtemps qu’ils l’ont dans les pattes, ils n’ont pas à forcer leur talent, ils font le nécessaire et l’audience commence à gentiment s’échauffer.
Low
Deuxième nouveau morceau et début des ennuis. Le titre tourne, les lasers aussi mais il ne se passe rien, personne ne bouge pas même eux sur scène. C’est d’un ennui incroyable alors qu’ils la rendent plutôt fidèlement. En fait la faible qualité du titre est encore plus flagrante sur scène et tout le monde attend poliment que ça se termine.
Speed Of Sound
Le single qu’on a fortement revu à la hausse à l’écoute des autres titres de l’album. Intro guitare-voix, le guitariste se plante et essaye de camoufler comme il peut, tout le groupe enchaîne et tout de suite on sent que ça ne va pas, elle est trop lente et en acquiert d’un coup une lourdeur incroyable. Bizarrement on a l‘impression que le groupe s’en rend bien compte mais n’arrive pas à relancer la machine. On se dit que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, eux aussi visiblement.
God Put A Smile
Chris Martin s’agite avec sa guitare avant de commencer le morceau, on dirait qu’il veut prouver à tout le monde qu’il est dedans, ça commence à devenir pathétique. Il bouffe la moitié de l’intro, le morceau pars assez bien mais dès que tout le groupe joue, on entend plus l’acoustique et la guitare de Buckland est beaucoup trop forte, la dynamique du morceau est noyée. Ca gâche tout et on écoute la suite en se disant que The Edge doit bien se marrer.
Warning Sign
Je ne comprends pas pourquoi ils jouent ce titre anecdotique, un de ceux qu’on zappait en écoutant A Rush Of Blood… Comme tout les anciens titres ils le maîtrisent mieux mais il reste aussi chiant que sur album.
Autour de nous on commence à voir deux tendances se détacher, ceux qui se décomposent au fur et à mesure que le concert avance et les béats qui se pâment dès que Martin baragouine trois mots en français.
Everything’s Not Lost
J’en viens à me demander si c’est de l’ironie. Ils ont modifié leur façon de la jouer, ce qui enlève toute la montée, au bout d’une minute ils ont balancé tous les plans du morceau et l’ennui guette. On doit pas être les seuls à le penser parce qu’il me semble bien que Martin a tout simplement squeezé le denier couplet. Ca sent le roussi.
White Shadows
L’apothéose.
Le titre part, gros riff de guitare, batterie martiale, pendant deux secondes on se surprend à reprendre espoir. Au moment ou le chant débute ne reste que la batterie et une nappe de synthé samplé (le sampler est omniprésent depuis le début du show). Et tout de suite on entend le problème, c’est complètement faux, Martin entame la première phrase mais rien n’est à l’octave, il se décale d’une demi-mesure mais c’est comme s’il s’agissait du mauvais sample… Au bout de la deuxième phrase, ils stoppent le morceau. Sourires gênés, Martin regarde le batteur (qui est le préposé au déclenchement du sampler apparemment), personne ne semble savoir quoi faire. Martin baragouine un truc vaseux sur la technique et le professionnalisme et part voir ce qui se passe. Gros blanc. Pendant deux minutes rien ne se passe, ça s’affaire autour du boîtier mais pas un ne se dit qu’il serait sage de « tenir le public » plutot que de laisser l’affaire définitivement s’écrouler. Martin revient sur le devant de la scène et demande au guitariste ce qu’ils vont faire, celui-ci n’aura comme réponse que d’hausser les épaules en signe d’impuissance… En ce jour de Bac philo, coldplay vient de nous faire une belle démonstration du rapport Maître/Esclave…
Donc au bout de trois minutes de n’importe quoi, Martin explique aux gens qu’on va faire comme si ils venaient de jouer le ‘titre rock’ et qu’on allait passer à la ballade... Le groupe essaye de garder une contenance mais on les sent extrêmement tendu, le grain de sable vient de les achever.
The Scientist
On fait appel à la grosse cavalerie mais en vain. Evidemment tout le monde chante à tue-tête mais le groupe est sur pilote automatique, encore groggy de ce qui vient de se passer ils sont surtout concentrés pour éviter de faire une connerie de plus.
Le morceau se termine par un procédé extrêmement laid, un sample de The Scientist passé à l’envers pour faire patienter pendant qu’on fait un changement de scène pour installer « le coin unplugged ». Ca tombe comme un cheveu sur la soupe, tout le monde est décontenancé, on se demande si c’est le rappel, encore un moment de flottement.
Til Kingdom Come
Ils s’installent à la va vite sur la gauche de la scène, tous les quatre en rond, la mine un peu basse. Martin commence à jouer et chante la première phrase… qu’on n’entend pas. Il s’arrête, foudroie du regard les roadies… et allume le micro… Du coup il s’excuse des problèmes à répétition et explique aux gens qu’ils ont besoin d’eux, tout le monde se met à crier, touché par l’instant de communion… Sauf que c’est un set acoustique qui commence et il est des plus soporifique. Le groupe est ultra tendu et s’applique, rien de plus.
Don’t Panic
Toujours en acoustique, ce qui ne convient pas à ce morceau, ça ne décolle pas, on s’emmerde sévère, les gens discutent entre eux et je commence à me dire que je vais peut-être aller me finir au bar dès maintenant. Fin du morceau. Re-changement de scène avec bande-son annonciatrice du morceau suivant…
Clocks
Sur un sample qui reprend vaguement la mélodie de Clocks, on réinstalle la scène, grosse montée de la musique et la chanson commence. Moi qui croyait que leur plus gros tube était Yellow ou Trouble je me rends compte que ce public a du connaître le groupe par ce titre. Un titre que je n’aime pas à la base mais que je m’étais surpris à adorer au Zénith en 2002. Là c’est encore une fois la grosse machine qui prend le pas, c’est huilé, on sent que même raide bourré il la jouerait pareil, ils n’ont pas à faire d’efforts. Les hypocrites de service essayent de se convaincre que c’est un super concert en gigotant dans tous les sens (dédicace au mec à ma droite, tout droit sorti de Janson, en Paul Smith de la tête au pied et qui jouait de la Air Guitar sur Clocks… au moins je me suis bien marré…). Martin en fait des caisses, ressort toutes les mimiques qu’il a appris pendant sa carrière mais rien n’est spontané, assez pathétique…
What If
Nouveau morceau. Pas d’entrain. Pour avoir entendu la version donné lundi dernier, la différence est flagrante, aucun souffle, encore un titre ou on s’ennuie. Fin du morceau avec grosse guitare en cache-misère et sortie de scène. Donc là c’est le rappel, au bout de dix secondes quelque chose cloche… le silence. Enfin il y a bien le brouhaha de la foule mais pas d’applaudissements ou de mongols qui chantent wohouhoho, il y en a bien deux-trois qui essayent mais ça ne prend pas. Au bout de deux minutes les gens se mettent mollement à gueuler mais plus pour ne pas subir l’affront de ne pas voir revenir le groupe. Et forcément ils reviennent.
In My Place
Je deteste ce morceau, comprend pas qu’ils le jouent. Le batteur tape comme un sourd, la balance s’est degradée par rapport au début du concert. Je n’aime pas le titre mais il a le mérite de faire participer un peu les gens. Mai rien ne va décidément puisqu’alors que tout le monde s’est levé pour la première fois du concert (au bout d’1h15…), Chris Martin dit « c’est à vous », sauf que dans son français approximatif et avec 90db de son dans la tronche, tout le monde comprend « asseyez-vous ». Du coup l’integralité du balcon s’est rassis en 10 secondes, un peu interdits… J’ai decidé de prendre tout ça à la rigolade et en effet je me marre bien.
Fix You
Martin se met à l’orgue installé pendant le rappel. Le début me touche un peu, ce son d’orgue et surtout la première phrase du morceau : « When you try your best but you don’t succeed » (pour les non anglicistes : « Quand tu fais de ton mieux mais que ça ne marche pas »). Pour le coup elle prend tout son sens et Martin a l’air de comprendre ce qu’il chante pour la première fois du concert. Plus rien n’est rattrapable mais on a même plus envie de les accabler, ils ont compris de toute manière. Ils ont l’air d’avoir pris un coup derrière la tête. Le morceau se termine dans une pseudo acmé, le guitariste a l’air d’un robot, ce qu’il est, en répétant à l’envie ses riffs pompés à The Edge (pendant le concert je me suis dit que guitariste de Coldplay devait être un des boulots les plus chiants qui soit).
Fin du morceau, salut du public un peu saugrenu et sortie de scène.
Tout le monde gueule parce que dans la bataille on a perdu un morceau et que vu le niveau du concert ils pourraient essayer quelque chose pour se rattraper, marquer un peu le coup et montrer qu’ils savent qu’ils ont livré une prestation calamiteuse mais qu’ils en sont désolé. On entend un brouhaha d’ou se détachent clairement pas mal de sifflets… Ils ne reviendront pas.
Bilan. C’est le début de la tournée, donc on peut excuser certaines approximations mais à ce point là c’est inquiétant. On a senti que le groupe avait monté un show avec mise en scène écrite à l’avance et quand un des acteurs (le sampler) est sortie de la route, tout le monde a suivi. C’est une impression d’amateurisme qui s’en est dégagé avec un groupe incapable de réagir et qui a oublié les fondamentaux, la spontanéité, la foi dans ce qu’ils font et surtout la simplicité. Entre l’album et le concert, la comparaison avec U2 s’impose. Même préparation meticuleuse, même impression de déjà vu et de calcul. Mais là ou U2 par son expérience ne peut pas techniquement se planter, Coldplay a montré comment ce parti pris pouvait se retourner violemment. Et à ce moment là, il n’y avait plus personne pour tenir la baraque.
Alors ils vont sûrement revenir revanchard dans quelques mois parce qu’ils ont vraiment une dette à payer et il est probable qu’ils livreront une prestation en rapport à leurs exigences mais le virage pris par le groupe est flagrant et décevant. C’est de l’Adult-Rock FM, on oublie les compositions, l’important c’est que les gens tapent dans leurs mains avec la larme à l’œil.
Les critiques n’ont eu de cesse de comparer Oasis et Coldplay ces derniers temps encensant (surtout en France) les oxfordiens pour des raison qui me dépassent un peu. Hier soir le démenti était cinglant et c’est Coldplay lui-même qui l’a écrit. Si on a vu un Oasis de retour aux affaires, retrouvant ses fondamentaux, une envie de jouer communicative et des compositions à nouveau racées, on a vu un Coldplay empâté, en panne d’inspiration et qui s’est trouvé une orientation musicale par défaut. Paradoxalement on a l’impression qu’en faisant cela ils perdent leur public des débuts mais gagnent le grand public, plus large et surtout moins exigeant.
Alors je vais les laisser là, je vais aller réécouter Parachutes et A Rush Of Blood et garder comme souvenir de concert ce Zenith d’il y a trois ans. De toute manière le groupe que j’ai vu hier soir n’était plus le même, les priorités ont changées et ça ne m’intéresse plus. S’ils réussissent à remplir les stades et que ça suffit à leur bonheur qu’ils le fassent mais qu’ils ne se plaignent pas si un jour ils se réveillent et qu’il n’y a plus personne.
Coldplay… ils n’ont jamais aussi bien porté leur nom.